Название | L'Humanité préhistorique |
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Автор произведения | J. de Morgan |
Жанр | Языкознание |
Серия | |
Издательство | Языкознание |
Год выпуска | 0 |
isbn | 4064066075408 |
On a longtemps discuté sur le mode d'emploi du coup de poing. Se basant sur ce fait que certaines peuplades sauvages qui en font encore usage l'emploient sans emmanchement, garnissant seulement le talon (la partie ronde) d'une sorte de résine, afin de protéger la paume de la main, G. de Mortillet a pensé qu'ils étaient tenus directement et sans manche; d'autres archéologues, au contraire, ont cherché à reconstituer leur mode d'emmanchement; somme toute, il est à penser que ces outils étaient employés de diverses manières. Cependant il semble certain que c'est par la pointe et par les côtés tranchants seulement qu'ils «travaillaient»; car, parmi ces instruments, ceux dont la taille est quelque peu négligée sont toujours inachevés au talon où, parfois, se montre encore la gangue qui couvrait entièrement la surface du rognon avant sa taille (Cf. fig. 8, n° 2); jamais ils ne sont négligés à la pointe.
On s'est également demandé si l'ouvrier recherchait le silex dans son site originel, c'est-à-dire dans les couches qui avaient assisté à sa formation, ou s'il employait les galets alluviaux. Des milliers de spécimens de ces outils font penser que la provenance de la matière ne présentait aucune importance[70]. Ce n'est que plus tard, lors de l'apparition de l'industrie néolithique, alors que la taille du silex était devenue un véritable art, que les tailleurs de silex sont allés chercher leur matière dans les couches géologiques elles-mêmes.
Dans les alluvions du nord de la France, à Saint-Acheul comme à Abbeville, les types industriels divers, chelléen, acheuléén et moustiérien (fig. 9, n° 5) se montrent parfois successivement[71], marquant la prédominance des trois formes dans les diverses couches; cependant, à la base des niveaux dits acheuléens, M. Commont a découvert à Saint-Acheul, en 1905, un atelier encore en place, renfermant une masse considérable d'éclats de débitage, un grand nombre de nucleus et d'instruments divers, des percuteurs, des enclumes, des racloirs, grattoirs, pointes, lames et coups de poing.
Jadis on considérait les trois «époques» des alluvions comme parfaitement distinctes et caractérisées par des industries passant de l'une à l'autre; mais voici que déjà ces théories absolues s'effritent dans notre propre pays, et l'on admet généralement que la «période» moustiérienne des provinces méridionales est synchronique de l'Acheuléen supérieur de la Picardie[72].
Dans le bassin de la Garonne, où le silex fait défaut, ce sont les quartzites qui le remplacent; il en résulte une industrie grossière qu'on rencontre d'ailleurs dans un très grand nombre d'autres régions (fig. 10) et qui, au premier aspect, semblerait être plus archaïque que celle du nord. Cependant la présence d'Elephas primigenius, Rhinoceros lichorhinus et Felis spelœa, et d'autres espèces encore, indique les concordances et les discordances chronologiques[73]. Dans la Vienne et les Charentes, au contraire, les matières se prêtant à la taille, les instruments des mêmes industries montrent une finesse de travail et une régularité de contours des plus remarquables.
Comme toujours, les alluvions peuvent laisser planer des doutes quant à l'âge relatif de ces industries qu'elles ne présentent que rarement complètes et accompagnés de témoins paléontologiques, ces restes pouvant avoir été remaniées de dépôts quelque peu antérieurs aux instruments qu'ils renferment. La station du Garret, dans la commune de Villefranche (Rhône), présente un exemple frappant de ces mélanges[74].
Sous ce rapport, les cavernes offrent bien plus de sécurité; or il se trouve en Dordogne, dans la commune de Tayac, un gisement de la plus haute importance, celui de la caverne de la Micoque, qui, exploré méthodiquement à partir de 1896, par MM. Chauvet et Rivière[75], a fourni sur l'industrie acheuléenne, dans le centre de la France, les renseignements les plus précieux.
L'assise supérieure du gisement se compose d'une brèche peu compacte, renfermant d'innombrables restes très fragmentés d'un équidé, mélangés avec des silex taillés, coups de poing acheuléens atteignant parfois de grandes dimensions, parfois très petits (4 centimètres), presque toujours d'une exécution très soignée et, en beaucoup plus grand nombre, des éclats et des pointes, des racloirs, des disques, du type moustiérien le plus pur.
Ainsi dans nos pays eux-mêmes de l'Occident européen, les classifications par «âges» des divers types industriels de la pierre, proposées au début des études préhistoriques, perdent peu à peu de leur valeur, même locale, et l'homme de la période quaternaire se montre à nous comme possédant en même temps la connaissance des trois types, en faisant usage suivant les besoins spéciaux déterminés par les conditions climatériques et géographiques. C'est là cette étape de la civilisation que nous désignons sous le nom général de paléolithique, terme auquel nous sommes loin d'attacher une valeur chronologique générale; et nous excluons du paléolithique des auteurs les industries contemporaines des derniers temps glaciaires, industries très spéciales, mais qui, cependant, semblent être les filles de celles dont nous venons de parler.
Dans nos pays, l'industrie paléolithique semble avoir été d'assez longue durée et, pendant ce temps, il s'est bien certainement produit des progrès, des améliorations dans l'outillage; mais, d'après la documentation dont nous disposons pour ces temps, il ne nous est pas permis d'établir une classification solidement basée. Les premiers préhistoriens s'étaient trop hâtés de conclure à des divisions dont on ne saurait plus aujourd'hui admettre l'existence.
Mais ce n'est pas seulement dans l'occident de l'Europe que l'industrie paléolithique a été florissante; elle semble être née et s'être développée dans bien des régions. Nous disons née, parce qu'il n'est pas admissible que, partie d'un foyer unique, elle ait rayonné sur des pays aussi éloignés les uns des autres, franchi les mers, les déserts, les hautes montagnes.
Les instruments paléolithiques du type chelléen et acheuléen ont été rencontrés, soit dans les alluvions quaternaires, soit dans les cavernes, soit à la surface du sol, en France, en Belgique, dans le sud de l'Angleterre, en Espagne, en Algérie, en Tunisie (fig. 11), en Italie, dans l'Allemagne méridionale, en Hongrie[76], en Égypte (fig. 12), dans le désert central africain, au Cap de Bonne-Espérance, en Syrie, dans le désert syro-arabique, en Palestine, aux Indes, dans le Somal (fig. 13), en Amérique du Nord (fig. 14)[77], au Mexique; ils sont encore en usage en Océanie, chez certaines peuplades. Leur présence est douteuse en Grèce, en Sicile, à Malte et en Sibérie[78]. Ils font défaut en Scandinavie, en Écosse, en Irlande, dans le nord de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Russie, en Suisse, au Tyrol, dans les plateaux de l'Arménie, de l'Iran, du Tibet, de la Mongolie, en Chaldée, au nord de l'Amérique septentrionale, c'est-à-dire dans tous les pays inhabitables à l'époque glaciaire ou qui, en ces temps, n'étaient pas encore sortis des eaux. Cette industrie a donc été sinon universelle, du moins très répandue, certainement à des époques diverses, parce qu'elle répondait aux mêmes besoins et qu'elle utilisait les mêmes matériaux. Partout elle présente, à peu de chose près, les mêmes caractères. Par les cavernes de Grimaldi et de la Micoque, par les ateliers en plein air de la Tunisie[79], de l'Égypte et du Somal[80], nous savons que les hommes connaissaient alors le feu, qu'ils vivaient de la chasse et probablement aussi de la pêche. C'est là tout ce qu'il est permis de dire sur ces populations primitives.